La Cour militaire de Kinshasa/Gombe a condamné sept policiers à des peines allant de 5 à 20 ans de prison pour leur rôle dans la mort du brigadier Fiston Kabeya. Ce verdict, salué par la Voix des Sans-Voix (VSV), marque un tournant dans la lutte contre l’impunité et renforce l’espoir d’un État de droit en République démocratique du Congo (RDC).
Un crime qui a ébranlé la nation
Le 25 mars 2025, Fiston Kabeya, policier chargé de la régulation routière sur le Boulevard Colonel Mondjiba à Kinshasa, est violemment agressé par des membres de l’escorte de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka. Enlevé et battu à mort, son corps est retrouvé à la morgue de l’Hôpital Militaire de Kokolo. Les images de l’agression, diffusées sur les réseaux sociaux, ont provoqué l’indignation générale et exigé une réponse judiciaire rapide.
Un procès expéditif mais symbolique
Le procès, ouvert le 4 avril 2025, s’est tenu en flagrance, une procédure accélérée réservée aux affaires graves. Les preuves, dont des vidéos testimoniales et un rapport d’autopsie confirmant un traumatisme crânien mortel, ont conduit à la condamnation de cinq des sept accusés pour « homicide involontaire », « arrestation arbitraire » et « violation de consigne ». Deux autres ont été acquittés faute de preuves tangibles.
La société civile salue un « signal fort »
La VSV a qualifié ce verdict d’ »étape cruciale » contre l’impunité systémique en RDC, où les violations des droits humains par les forces de sécurité restent souvent impunies. Me Jacques Ilunga, avocat de la famille Kabeya, a souligné que cette décision « rappelle que nul n’est au-dessus des lois, même en uniforme ».
Les défis persistants
Malgré ce progrès, l’affaire révèle des dysfonctionnements majeurs :
- Abus des escortes officielles : Les unités protégeant les dignitaires sont régulièrement accusées d’excès de violence.
- Responsabilité de l’État : La famille Kabeya réclame 5 millions USD de réparations, mais l’État argue que les policiers agissaient en dehors de leurs fonctions.
- Impunité historique : Le « Rapport Mapping » de l’ONU (2010) documente 617 exactions majeures non élucidées entre 1993 et 2003, rappelant l’urgence de réformes judiciaires durables.
Vers une réforme des forces de sécurité ?
Cette condamnation relance le débat sur la nécessité de restructurer les services de sécurité, notamment les escortes gouvernementales. La MONUSCO (Mission de l’ONU en RDC) plaide pour un renforcement des mécanismes de reddition de comptes, combinant tribunaux militaires et justice transitionnelle.
Conclusion :
Le cas Kabeya illustre à la fois les avancées et les limites de la justice congolaise. Si le verdict est un symbole, sa portée dépendra de son application et de la volonté politique de généraliser ces procédures. Comme le résume la VSV : « La route vers l’État de droit est longue, mais chaque pas compte ».
