Le discours prononcé par le président Félix Tshisekedi à Bruxelles le 9 octobre 2025 marque un tournant audacieux dans la crise qui oppose la République Démocratique du Congo (RDC) au Rwanda. Lors du Global Gateway Forum, le chef de l’État congolais a surpris l’assistance en tendant publiquement la main à son homologue rwandais, Paul Kagame, dans un plaidoyer vibrant pour la paix, une initiative stratégique qui le place en pacificateur responsable sur la scène internationale.
🎙️ Les temps forts d’un discours historique
Devant un parterre de dirigeants internationaux, le président Tshisekedi a saisi l’opportunité du forum diplomatique pour lancer un appel direct et théâtral.
· Un appel à la « paix des braves » : S’exprimant devant Paul Kagame présent dans l’assistance, il a déclaré : « Je prends à témoin l’assistance ici présente et le monde entier […] pour lancer un appel à la paix, lui tendre la main et demander à ce qu’on arrête cette escalade ». Il a insisté sur le fait que les deux dirigeants étaient les « seuls capables d’arrêter cette escalade ».
· Une exigence claire pour la paix : Le président congolais a conditionné toute avancée à un geste concret de Kigali, exigeant que Paul Kagame « donne l’ordre aux troupes du M23 d’arrêter cette escalade qui a fait suffisamment de morts comme cela ». Il a rappelé l’ampleur du drame humanitaire, précisant que les victimes se comptaient « par millions ».
· Un geste de bonne volonté : En gage de sa sincérité, Félix Tshisekedi a même annoncé avoir suspendu un plaidoyer préparé pour demander des sanctions internationales contre le Rwanda, attendant la réponse de son homologue.
🌍 Une manœuvre diplomatique calculée
Ce discours s’inscrit dans une stratégie plus large de repositionnement de la RDC sur l’échiquier international.
· Un choix de tribune symbolique : Le Global Gateway Forum, un événement européen majeur axé sur les investissements et le développement, n’était pas initialement destiné à aborder les crises sécuritaires. En détournant son objet, le président Tshisekedi a habilement forcé la communauté internationale à se saisir du conflit, tout en présentant la stabilisation de l’Est de la RDC comme un préalable indispensable au développement économique de toute la région.
· Reprendre l’initiative diplomatique : Alors que les processus de paix de Luanda, Doha et Washington marquent le pas, ce coup d’éclat permet à Kinshasa de sortir d’une posture défensive. En se présentant comme l’acteur faisant le premier pas vers la paix, Félix Tshisekedi cherche à isoler diplomatiquement le Rwanda en reportant sur Kigali la pression de justifier ses actions.
· Rassurer les partenaires et la diaspora : La présence d’une « immense foule » de la communauté congolaise pour accueillir le président à son arrivée à Bruxelles témoignait d’un soutien populaire. Son discours visait également à rassurer cette base ainsi que les partenaires internationaux, comme les États-Unis dont il a salué l’implication, sur son engagement à trouver une solution pacifique.
😠 Des réactions en demi-teinte
L’initiative congolaise a provoqué des réactions contrastées, entre fin de non-recevoir et analyses sceptiques.
· Le rejet catégorique de Kigali : La réponse rwandaise a été immédiate et cinglante. Le ministre des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a qualifié l’intervention de « cinéma politique » et de « comédie politique ridicule », rejetant toute la responsabilité de l’escalade sur Kinshasa. Paul Kagame a, quant à lui, répondu par une métaphore méprisante sur les réseaux sociaux, évoquant le « bruit que fait un bidon vide ».
· Une analyse politique sévère : Pour certains observateurs, comme le politologue Bob Kabamba de l’Université de Liège, ce geste traduit moins une soudaine volonté de paix qu’une position de faiblesse. « Ce discours démontre que Félix Tshisekedi est complètement aux abois », a-t-il analysé, estimant que le président congolais, voyant l’échec de l’option militaire, « cherche juste à gagner du temps ».
Le discours de Bruxelles représente un pari diplomatique audacieux pour Félix Tshisekedi. S’il n’a pour l’instant reçu qu’une fin de non-recevoir de la part de Kigali, il a réussi, par ce coup d’éclat, à replacer la RDC en acteur cherchant activement la paix, forçant la communauté internationale à être témoin de sa bonne volonté et de l’intransigeance perçue de son voisin. La suite dépendra désormais de la capacité de la diplomatie congolaise à capitaliser sur cette initiative pour obtenir des avancées concrètes sur le terrain et dans les enceintes de négociation.
