Dans toute démocratie fonctionnelle, le Conseil des Ministres constitue l’instance suprême de délibération et d’orientation de l’action gouvernementale. Les décisions qui y sont prises engagent l’État, mobilisent des ressources publiques et traduisent la vision politique du Chef de l’État. Pourtant, en RDC, un constat préoccupant s’impose : des décisions dûment adoptées en Conseil des Ministres restent lettre morte, faute de suivi, de diligence et parfois de volonté au niveau de certains Ministères.
Il est devenu presque banal, en République démocratique du Congo, de voir des dossiers pourtant validés au sommet de l’exécutif s’enliser pendant des mois, voire des années, dans les tiroirs de cabinets ministériels. Ce qui est souvent présenté comme une simple lourdeur administrative relève en réalité d’un phénomène plus grave : une culture de l’inaction qui frôle le manquement délibéré au devoir de service public.
Car refuser de traiter un dossier, retarder volontairement une signature ou ignorer une instruction gouvernementale n’a rien d’un dysfonctionnement anodin. C’est une entrave directe à l’action de l’État, un sabotage silencieux des décisions publiques et, à terme, une trahison des attentes légitimes de la population congolaise.
Derrière cette paralysie se cache parfois une désobéissance politique assumée. Certains ministres, pour des raisons de rivalités personnelles, de calculs politiciens ou de conflits d’ego, choisissent de faire fi des orientations du Chef de l’État arrêtées lors des réunions hebdomadaires du Conseil des ministres. D’autres optent pour une résistance silencieuse, transformant leur fonction républicaine en instrument de blocage institutionnel.
En refusant d’appliquer les décisions du Président de la République, ces responsables ne défient pas seulement une autorité politique. Ils s’attaquent à l’autorité de l’État lui-même, fragilisent la cohérence de l’action publique et rompent le contrat de confiance avec le peuple congolais. Le résultat est une image inquiétante d’un État fragmenté, où chaque ministre agit selon ses intérêts propres, au mépris du mandat républicain qui lui a été confié.
Pourtant, les orientations présidentielles sont connues et répétées. Depuis 2020, le Chef de l’État a instruit la fermeture des ports illégaux et clandestins, interdit l’usage des plaques bâchées, restreint l’accès des taxi-motos à la commune de la Gombe. Plus récemment encore, le 2 janvier 2026, Félix Tshisekedi a appelé à une stricte coordination de la prise de parole pour toute communication officielle ou publique sur le terrain.
Cette situation interroge profondément le fonctionnement des institutions. À quoi sert le Conseil des ministres si ses décisions ne sont pas appliquées ? À quoi sert un Gouvernement si certains de ses membres se comportent comme des centres de blocage plutôt que comme des moteurs de l’action publique ?
Car aucune vision présidentielle, aussi ambitieuse soit-elle, ne peut produire des résultats si elle est neutralisée par l’inertie ou la résistance passive de ceux qui sont censés la mettre en œuvre. Un ministre n’est ni un obstacle ni un contre-pouvoir informel : il est un exécutant politique responsable, soumis à une obligation de résultats.
Les conséquences de cette inaction sont considérables. Projets de développement retardés, financements perdus, partenaires découragés, populations privées de services essentiels : l’addition est lourde. Plus grave encore, cette inertie érode dangereusement la crédibilité de l’État dans un pays qui aspire à la stabilité, à la croissance et à la justice sociale.
Il est temps que la responsabilité politique cesse d’être un slogan creux pour devenir une pratique réelle. Les ministres incapables de traduire les décisions gouvernementales en actes concrets doivent soit se ressaisir, soit tirer les conséquences de leur incapacité.
