Ce jeudi 22 mai 2025, le Sénat de la République Démocratique du Congo (RDC) examine en plénière le rapport de la commission spéciale chargée d’évaluer la demande de levée des immunités de l’ancien président et sénateur à vie, Joseph Kabila. Cette décision, attendue avec une vive tension politique, marque une étape cruciale dans une procédure judiciaire et constitutionnelle inédite, déclenchée par un réquisitoire de l’auditeur général des Forces Armées (FARDC) accusant Kabila de crimes graves liés à la rébellion AFC/M23 .
Contexte et enjeux
La commission technique, mise en place le 15 mai dernier et dirigée par l’ancien ministre des Affaires étrangères Christophe Lutundula, avait 72 heures pour examiner les accusations portées contre Joseph Kabila : trahison, crimes de guerre, crimes contre l’humanité, et complicité avec le mouvement rebelle AFC/M23, soutenu par le Rwanda selon les autorités congolaises . Le réquisitoire s’appuie sur des textes juridiques incluant le Code pénal militaire et la Constitution, invoquant des articles relatifs à l’insurrection et aux intelligences avec une puissance étrangère .
Une procédure controversée
La légitimité même de la procédure divise. D’un côté, le gouvernement et une majorité de sénateurs estiment que le Sénat a compétence pour statuer, Kabila étant visé en sa qualité de sénateur à vie . De l’autre, l’opposition et des organisations comme l’ASADHO dénoncent une violation de la loi n°18/021 du 26 juillet 2018, qui exige un vote du Congrès (réunion des deux chambres) pour lever l’immunité d’un ancien président . Jean-Claude Katende, président de l’ASADHO, y voit une « aventure illégale » risquant de discréditer l’institution .
Auditions et rapport
La commission a auditionné l’auditeur général des FARDC, le lieutenant-général Lucien-René Likulia Bakumi, pour détailler les preuves accusatoires, notamment des communications présumées entre Kabila et les insurgés du M23 . Bien qu’une audition de Kabila ait été évoquée, l’ancien président, en exil, n’a pas été entendu, faute de temps ou de volonté politique, selon des analystes .
Prochaines étapes
Si le Sénat vote la levée des immunités, la procédure ne sera pas terminée. Joseph Kabila cumulant les statuts d’ancien président et de sénateur, un vote du Congrès resterait nécessaire, conformément à la Constitution . Cette complexité juridique pourrait prolonger le processus, voire le mener devant la Cour constitutionnelle.
Réactions et tensions
Le climat politique reste explosif. Le Front Commun pour le Congo (FCC), proche de Kabila, dénonce une « manipulation des institutions » , tandis que le pouvoir actuel justifie sa démarche par l’urgence de répondre à la crise sécuritaire dans l’Est. Les réseaux sociaux congolais reflètent cette polarisation, entre soutiens à une justice implacable et critiques sur la priorité donnée à ce dossier face aux défis socio-économiques .
Conclusion
La plénière de ce jeudi pourrait donc ouvrir un nouveau chapitre dans l’histoire judiciaire de la RDC, mais aussi approfondir les fractures politiques. Quelles que soient les décisions prises, leurs répercussions influenceront durablement l’équilibre institutionnel et la crédibilité de l’État de droit en RDC.
Sources : Radio Okapi, Actualite.cd, RFI, Adiac-Congo .
